18/12/2012

Les trois messes basses d' ALPHONSE DAUDET

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né en 1840 , mort en 1897

 

Première édition des «Lettres de mon Moulin»: 1869

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Une dénonciation de la gourmandise en ce temps des fêtes ?

 

Combien de temps?Pourrons nous encore profiter de notre belle culture Francophone?Face à des politiciens …..(censuré ),qui ne songe ,qu'a nous Islamiser ?

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N'est il pas triste ,qu'aimer la culture Européenne est de venu suspect ?

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N'est-il pas triste ,qu’être attaché aux valeurs chrétiennes est devenu du racisme ?

 

J'ai retrouvé un véritable trésor !

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Les Lettres de mon Moulin,par le regretté Fernandel ?

Introuvable ,dans le monde Musulman?

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Qui depuis 14 siècles ,est réfractaire à toutes formes de cultures ?

 

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Mais malheureusement ,complètement inconnu ,pour les jeunes « anciens Belges ? »,et encore pire pour les jeunes « nouveaux belges ??? ».

 

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http://beq.ebooksgratuits.com/vents/daudet-moulin.pdf

 

pour le texte intégral !

 

 

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/alphonse-daudet-lettres-de-mon-moulin.html Donneuse de voix : Romy Riaud | Durée : 4h 21min | Genre : Contes Les Trois Messes basses est un conte de Noël d'Alphonse Daudet publié en 1870 dans le recueil Lettres de mon moulin. C'est un récit irrévérencieux mettant en scène un des sept péchés capitaux, la tentation de gourmandise : le prêtre, dom Balaguère, va être tenté par son petit clerc, Garrigou, possédé par le diable, et muni de sa diabolique clochette. L'histoire se situe au milieu du xviie siècle dans le château de Trinquelage, château imaginaire situé au sommet du mont Ventoux. Les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet sont un recueil de nouvelles, rassemblées sous ce titre après que plusieurs d’entre elles furent publiées dans un journal parisien. Petites histoires à l’écriture légère et au ton joyeux, elles figurent en bonne place dans le patrimoine de la littérature provençale et francophone !.

 

 

 

LES TROIS MESSES BASSES

CONTE DE NOËL

 

 

- Deux dindes truffées, Garrigou?...

- Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées

de truffes. J’en sais quelque chose, puisque c’est moi qui

ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait

craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...

- Jésus-Maria! moi qui aime tant les truffes!... Donne moi

vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu’est-ce

que tu as encore aperçu à la cuisine?...

- Oh! toutes sortes de bonnes choses... depuis midi nous

n’avons fait que plumer des faisans, des huppes, des

gélinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait

partout... Puis de l’étang on a apporté des anguilles, des

carpes dorées, des truites, des...

- Grosses comment, les truites, Garrigou?

- Grosses comme ça, mon révérend... Énormes!...

- Oh! Dieu! Il me semble que je les vois... As-tu mis le vin

dans les burettes?

- Oui, mon révérend, j’ai mis le vin dans les burettes...

Mais dame! Il ne vaut pas celui que vous boirez tout à

l’heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez

cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes

qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... Et la

vaisselle d’argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les

candélabres!... Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil.

Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du

voisinage.

Vous serez au moins quarante à table, sans compter le

bailli ni le tabellion... Ah! vous êtes bien heureux d’en

être, mon révérend!... Rien que d’avoir flairé ces belles

dindes, l’odeur des truffes me suit partout... Meuh!...

 

- Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de

gourmandise, surtout la nuit de Ia Nativité... Va bien vite

allumer les cierges et sonner le premier coup de la messe;

car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous

mettre en retard...

Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l’an de

grâce mil six cent et tant, entre le révérend dom

Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement

chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc

Garrigou, ou du moins ce qu’il croyait être le petit clerc

Garrigou, car vous saurez que le diable, ce soir-là, avait

pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain

pour mieux induire le révérend père en tentation et lui

faire commettre un épouvantable péché de gourmandise.

Donc, pendant que le soi-disant Garrigou (hum! hum!)

faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle

seigneuriale, le révérend achevait de revêtir sa chasuble

dans la petite sacristie du château; et, l’esprit déjà troublé

par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait

à lui-même en s’habillant:

- Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites

grosses comme ça!...

Dehors, le vent de la nuit soufflait en éparpillant la

musique des cloches, et, à mesure, des lumières

apparaissaient dans l’ombre aux flancs du mont Ventoux,

en haut duquel s’élevaient les vieilles tours de

Trinquelage. C’étaient des familles de métayers qui

venaient entendre la messe de minuit au château. Ils

grimpaient la côte en chantant par groupes de cinq ou six,

le père en avant, la lanterne en main, les femmes

enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les

enfants se serraient et s’abritaient. Malgré l’heure et le

froid, tout ce brave peuple marchait allègrement, soutenu

par l’idée qu’au sortir de la messe, il y aurait, comme tous

les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines.

De temps en temps, sur la rude montée, le carrosse d’un

seigneur précédé de porteurs de torches, faisait miroiter

ses glaces au clair de lune, ou bien une mule trottait en

agitant ses sonnailles, et à la lueur des falots enveloppés

de brume, les métayers reconnaissaient leur bailli et le

saluaient au passage:

 

- Bonsoir bonsoir maître Arnoton!

- Bonsoir, bonsoir, mes enfants!

La nuit était claire, les étoiles avivées de froid; la bise

piquait, et un fin grésil, glissant sur les vêtements sans les

mouiller, gardait fidèlement la tradition des Noëls blancs

de neige. Tout en haut de la côte, le château apparaissait

comme le but, avec sa masse énorme de tours, de pignons,

le clocher de sa chapelle montant dans le ciel bleu-noir, et

une foule de petites lumières qui clignotaient, allaient,

venaient, s’agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient,

sur le fond sombre du bâtiment, aux étincelles courant

dans des cendres de papier brûlé... Passé le pont-levis et

la poterne, il fallait, pour se rendre à la chapelle, traverser

la première cour, pleine de carrosses, de valets, de chaises

à porteurs, toute claire du feu des torches et de la flambée

des cuisines. On entendait le tintement des tournebroches,

le fracas des casseroles, le choc des cristaux et de

l’argenterie remués dans les apprêts d’un repas; par là-

dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les chairs rôties

et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire

aux métayers, comme au chapelain, comme au bailli,

comme à tout le monde:

 

- Quel bon réveillon nous allons faire après la messe!

Drelindin din!... Drelindin din!....C’est la messe de minuit

qui commence. Dans la chapelle du château, une

cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux

boiseries de chêne, montant jusqu’à hauteur des murs, les

tapisseries ont été tendues, tous les cierges allumés. Et que

de monde! Et que de toilettes!

Voici d’abord, assis dans les stalles sculptées qui

entourent le chœur le sire de Trinquelage, en habit de

taffetas saumon, et près de lui tous les nobles seigneurs

invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours, ont

pris place la vieille marquise douairière dans sa robe de

brocart couleur de feu et la jeune dame de Trinquelage,

coiffée d’une haute tour de dentelle gaufrée à Ia dernière

mode de la cour de France. Plus bas on voit, vêtus de noir

avec de vastes perruques en pointe et des visages rasés, le

bailli Thomas Arnoton et le tabellion maître Ambroy,

deux notes graves parmi les soies voyantes et les damas

brochés. Puis viennent les gras majordomes, les pages, les

piqueurs, les intendants, dame Barbe, toutes ses clefs

pendues sur le côté à un clavier d’argent fin. Au fond, sur

les bancs, c’est le bas office, les servantes, les métayers

avec leurs familles; et enfin, là-bas, tout contre la porte

qu’ils entrouvrent et referment discrètement, messieurs les

marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit

air de messe et apporter une odeur de réveillon dans

l’église toute en fête et tiède de tant de cierges allumés.

Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne

des distractions à l’officiant? Ne serait-ce pas plutôt la

sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui

s’agite au fond de l’autel avec une précipitation infernale

et semble dire tout le temps:

 

- Dépêchons-nous, dépêchons-nous... Plus tôt nous aurons

fini, plus tôt nous serons à table.

Le fait est que chaque fois qu’elle tinte, cette sonnette du

diable, le chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu’au

réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les

fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des

couvercles entrouverts, et dans cette buée deux dindes

magnifiques bourrées, tendues, marbrées de truffes...

Ou bien encore il voit passer des files de pages portant des

plats enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux il entre

dans la grande salle déjà prête pour le festin.

Ô délices! voilà l’immense table toute chargée et

flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les

faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur

de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les

branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait

Garrigou (ah! bien oui, Garrigou!) étalés sur un lit de

fenouil, l’écaille nacrée comme s’ils sortaient de l’eau,

avec un bouquet d’herbes odorantes dans leurs narines de

monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu’il

semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont

servis devant lui sur les broderies de la nappe d’autel, et

deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum! Il se

surprend à dire le Bénédicité. À part ces légères méprises,

le digne homme débite son office très

consciencieusement,

sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion; et

tout marche assez bien jusqu’à la fin de la première messe;

car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit

célébrer trois messes consécutives.

 

- Et d’une! se dit le chapelain avec un soupir de

soulagement; puis, sans perdre une minute, il fait signe à

son clerc ou celui qu’il croit être son clerc, et...

Drelindin din!... Drelindin din!... C’est la seconde messe

qui commence, et avec elle commence aussi le péché de

dom Balaguère.

-Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix

aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois le

malheureux officiant, tout abandonné au démon de

gourmandise, se rue sur le missel et dévore les pages avec

l’avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement

il

se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les

génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt

fini. À peine s’il étend ses bras à l’Évangile, s’il frappe sa

poitrine au Confiteor. Entre le clerc et lui c’est à qui

bredouillera le plus vite.

Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots

à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui

prendrait trop de temps, s’achèvent en murmures

incompréhensibles.

Oremus ps... p,ç... p,i...

Mea culpa... pa... pa...

Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la

cuve, tous deux barbotent dans le latin de la messe, en

envoyant des éclaboussures de tous les côtés.

Dom... scum!... dit Balaguère.

...Stutuo!... répond Garrigou; et tout le temps la damnée

petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces

grelots qu’on met aux chevaux de poste pour les faire

galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une

messe basse est vite expédiée.

 

- Et de deux! dit le chapelain tout essoufflé; puis, sans

prendre le temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les

marches de l’autel et...

Drelindin din!... Drelindin din!...

C’est la troisième messe qui commence. Il n’y a plus que

quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger; mais,

hélas! à mesure que le réveillon approche, l’infortuné

Balaguère se sent pris d’une folie d’impatience et de

gourmandise. Sa vision s’accentue, les carpes dorées, les

dindes rôties sont là, là... Il les touche... il les... Oh!

Dieu!... Les plats fument, les vins embaument: et,

secouant son grelot enragé, la petite sonnette lui crie:

 

- Vite, vite, encore plus vite!....Mais comment pourrait-il

aller plus vite? Ses lèvres remuent à peine. Il ne prononce

plus les mots... À moins de tricher tout à fait avec le bon

Dieu et de lui escamoter sa messe... Et c’est ce qu’il fait,

le malheureux!... De tentation en tentation, il commence

par sauter un verset, puis deux. Puis l’épître est trop

longue, il ne la finit pas, effleure l’Évangile, passe devant

le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la

préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la

damnation éternelle, toujours suivi de l’infâme Garrigou

(vade retro, Satanas), qui le seconde avec une

merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne les

feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les

burettes, et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en

plus fort, de plus en plus vite.

Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants!

Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont

ils n’entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les

autres s’agenouillent, s’asseyent quand les autres sont

debout; et toutes les phases de ce singulier office se

confondent sur les bancs dans une foule d’attitudes

diverses. L’étoile de Noël en route dans les chemins du

ciel, là-bas, vers la petite étable, pâlit d’épouvante en

voyant cette confusion...

 

- L’abbé va trop vite... On ne peut pas suivre, murmure la

vieille douairière en agitant sa coiffe avec égarement.

Maître Arnoton, ses grandes lunettes d’acier sur le nez,

cherche dans son paroissien où diantre on peut bien en

être. Mais au fond, tous ces braves gens, qui eux aussi

pensent à réveillonner ne sont pas fâchés que la messe

aille ce train de poste; et quand dom Balaguère, la figure

rayonnante, se tourne vers l’assistance en criant de toutes

ses forces: Ite, missa est, il n’y a qu’une voix dans la

chapelle pour lui répondre un Deo gratias si joyeux, si

entraînant, qu’on se croirait déjà à table au premier toast

du réveillon.

Cinq minutes après, la foule des seigneurs s’asseyait dans

la grande salle, le chapelain au milieu d’eux. Le château,

illuminé de haut en bas, retentissait de chants, de cris, de

rires, de rumeurs; et le vénérable dom Balaguère plantait

sa fourchette dans une aile de gélinotte, noyant le remords

de son péché sous des flots de vin du Pape et de bons jus

de viandes. Tant il but et mangea, le pauvre saint homme,

qu’il mourut dans la nuit d’une terrible attaque, sans avoir

eu seulement le temps de se repentir; puis, au matin, il

arriva dans le ciel encore tout en rumeur des fêtes de la

nuit, et je vous laisse à penser comme iI y fut reçu.

- Retire-toi de mes yeux, mauvais chrétien! lui dit le

souverain Juge, notre maître à tous. Ta faute est assez

 

grande pour effacer toute une vie de vertu... Ah! tu m’as

volé une messe de nuit... Eh bien, tu m’en payeras trois

cents en place, et tu n’entreras en paradis que quand tu

auras célébré dans ta propre chapelle ces trois cents

messes de Noël en présence de tous ceux qui ont péché

par ta faute et avec toi...

... Et voilà la vraie légende de dom Balaguère comme on

la raconte au pays des olives. Aujourd’hui, le château de

Trinquelage n’existe plus, mais la chapelle se tient encore

droite tout en haut du mont Ventoux, dans un bouquet de

chênes verts. Le vent fait battre sa porte disjointe, l’herbe

encombre le seuil; iI y a des nids aux angles de l’autel et

dans l’embrasure des hautes croisées dont les vitraux

coloriés ont disparu depuis longtemps. Cependant il paraît

que tous les ans, à Noël, une lumière surnaturelle erre

parmi ces ruines, et qu’en allant aux messes et aux

réveillons, les paysans aperçoivent ce spectre de chapelle,

éclairé de cierges invisibles qui brûlent au grand air,

même sous la neige et le vent. Vous en rirez si vous

voulez, mais un vigneron de l’endroit, nommé Garrigue,

sans doute un descendant de Garrigou, m’a affirmé qu’un

soir de Noël, se trouvant un peu en ribote, il s’était perdu

dans la montagne du côté de Trinquelage; et voici ce qu’il

avait vu...

Jusqu’à onze heures, rien. Tout était silencieux, éteint,

inanimé. Soudain, vers minuit, un carillon sonna tout en

haut du clocher, un vieux, vieux carillon qui avait l’air

d’être à dix lieues. Bientôt, dans le chemin qui monte,

Garrigue vit trembler des feux, s’agiter des ombres

indécises.

Sous le porche de Ia chapelle, on marchait, on chuchotait:

 

 

- Bonsoir maître Arnoton!

- Bonsoir bonsoir mes enfants!...

Quand tout le monde fut entré, mon vigneron, qui était

très brave, s’approcha doucement et, regardant par la porte

cassée, eut un singulier spectacle. Tous ces gens qu’il

avait vus passer étaient rangés autour du chœur, dans la

nef en ruine, comme si les anciens bancs existaient

encore.

De belles dames en brocart avec des coiffes de dentelle,

des seigneurs chamarrés du haut en bas, des paysans en

jaquettes fleuries ainsi qu’en avaient nos grands-pères,

tous l’air vieux, fané, poussiéreux, fatigué. De temps en

temps, des oiseaux de nuit, hôtes habituels de la chapelle,

réveillés par toutes ces lumières, venaient rôder autour des

cierges dont la flamme montait droite et vague comme si

elle avait brûlé derrière une gaze; et ce qui amusait

beaucoup Garrigue, c’était un certain personnage à

grandes lunettes d’acier, qui secouait à chaque instant sa

haute perruque noire sur laquelle un de ces oiseaux se

tenait droit tout empêtré en battant silencieusement des

ailes.

Dans le fond, un petit vieillard de taille enfantine, à

genoux au milieu du chœur agitait désespérément une

sonnette sans grelot et sans voix, pendant qu’un prêtre,

habillé de vieil or allait, venait devant l’autel, en récitant

des oraisons dont on n’entendait pas un mot... Bien sûr

c’était dom Balaguère, en train de dire sa troisième messe

basse..

 

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